Excusez l'inutilement pompeux du titre, mais ça sonne...
Longtemps, le politique s’est caractérisé par une certaine forme de « mentir-vrai » : posture hybride où le politique, personnage-pieuvre, dit aux auditeurs ce qu’ils désirent entendre, s’arrange des faits et de la vérité ; il trompe parce que la vérité que la foule ne veut pas entendre, doit être tue si les remèdes que le politique préconise doivent un jour s'appliquer. Ainsi le mensonge du politicien a-t-il toujours été justifié : il ment à bon escient. Au reste, qu’importe si cette vérité-même qu’il est censé connaître, et qu’un discours redoublant le premier adresse aux élites par signaux discrets, l’anime véritablement. De par sa visée politique, ce sont les effets-vérité qu’il doit maitriser, et leur subtile administration fera sa grandeur ou sa chute.
Comme le dit Swift, « le moyen le plus efficace pour combattre et détruire un mensonge est de lui opposer un autre mensonge ». Dans l’espace logique que laisse entrevoir le politique, l’effet-vérité n’est qu’un enjeu parmi d’autres de l’art du langage.
Du politique poulpe, le changement le caractérise, ce que d'aucuns appellent la duplicité. Detienne et Vernant :
« C'est dans les discours ondoyants que le sophiste déploie les paroles aux nombreux replis : enchaînement de mots qui se déroule comme les anneaux du serpent, discours qui enlacent leurs adversaires comme le bras souple du poulpe. Pour le politique, prendre l'apparence du poulpe, ce n'est plus seulement posséder un logos de poulpe, c'est se montrer capable de s'adapter aux situations les plus déconcertantes, de prendre autant de visages qu'il y a de catégories sociales et d'espèces humaines dans la cité, d'inventer les mille tours qui rendront son action efficace dans les circonstances les plus variées. A certains égards, le polutropos (polytrope, poulpe), comme type d'homme, paraît se confondre avec celui que les lyriques appellent l'ephemeros. Ce dernier, en effet, est l'homme des instants et des changements. Il est tantôt ceci, tantôt cela, habile, il glisse d'un extrême à l'autre; autant que le polutropos, l'ephemeros se caractérise par la mobilité. Cependant, si l'un et l'autre sont des êtres mouvants, ils se différencient radicalement sur un point essentiel : l'un est passif, l'autre actif. L'ephemeros est l'homme inconstant qui se sent changer à chaque instant, tout son être de flux tourne au moindre souffle, selon l'expression de Pindare, il est la proie du temps rusé. »
Dans cette espace logique du politique, art de la déception, le politique est un hybride entre la devise sarkozyste (Faire ce qu’on dit, dire ce qu’on fait) et son contraire ; cela donnerait : Dire mal ce qu’on fait, faire mal ce qu’on dit ; où ce "mal" n’est pas tant l’inverse du Bien, mais un mal en termes de vérité (comme dans : il a mal prononcé) : mal dire, c’est dire une chose d’une façon trompeuse, mal faire, c’est faire autre chose que ce qu’on a dit. C'est sur cette corde que le politique danse.
Longtemps, le politique s’est caractérisé par une certaine forme de « mentir-vrai » : posture hybride où le politique, personnage-pieuvre, dit aux auditeurs ce qu’ils désirent entendre, s’arrange des faits et de la vérité ; il trompe parce que la vérité que la foule ne veut pas entendre, doit être tue si les remèdes que le politique préconise doivent un jour s'appliquer. Ainsi le mensonge du politicien a-t-il toujours été justifié : il ment à bon escient. Au reste, qu’importe si cette vérité-même qu’il est censé connaître, et qu’un discours redoublant le premier adresse aux élites par signaux discrets, l’anime véritablement. De par sa visée politique, ce sont les effets-vérité qu’il doit maitriser, et leur subtile administration fera sa grandeur ou sa chute.
Comme le dit Swift, « le moyen le plus efficace pour combattre et détruire un mensonge est de lui opposer un autre mensonge ». Dans l’espace logique que laisse entrevoir le politique, l’effet-vérité n’est qu’un enjeu parmi d’autres de l’art du langage.
Du politique poulpe, le changement le caractérise, ce que d'aucuns appellent la duplicité. Detienne et Vernant :
« C'est dans les discours ondoyants que le sophiste déploie les paroles aux nombreux replis : enchaînement de mots qui se déroule comme les anneaux du serpent, discours qui enlacent leurs adversaires comme le bras souple du poulpe. Pour le politique, prendre l'apparence du poulpe, ce n'est plus seulement posséder un logos de poulpe, c'est se montrer capable de s'adapter aux situations les plus déconcertantes, de prendre autant de visages qu'il y a de catégories sociales et d'espèces humaines dans la cité, d'inventer les mille tours qui rendront son action efficace dans les circonstances les plus variées. A certains égards, le polutropos (polytrope, poulpe), comme type d'homme, paraît se confondre avec celui que les lyriques appellent l'ephemeros. Ce dernier, en effet, est l'homme des instants et des changements. Il est tantôt ceci, tantôt cela, habile, il glisse d'un extrême à l'autre; autant que le polutropos, l'ephemeros se caractérise par la mobilité. Cependant, si l'un et l'autre sont des êtres mouvants, ils se différencient radicalement sur un point essentiel : l'un est passif, l'autre actif. L'ephemeros est l'homme inconstant qui se sent changer à chaque instant, tout son être de flux tourne au moindre souffle, selon l'expression de Pindare, il est la proie du temps rusé. »
Dans cette espace logique du politique, art de la déception, le politique est un hybride entre la devise sarkozyste (Faire ce qu’on dit, dire ce qu’on fait) et son contraire ; cela donnerait : Dire mal ce qu’on fait, faire mal ce qu’on dit ; où ce "mal" n’est pas tant l’inverse du Bien, mais un mal en termes de vérité (comme dans : il a mal prononcé) : mal dire, c’est dire une chose d’une façon trompeuse, mal faire, c’est faire autre chose que ce qu’on a dit. C'est sur cette corde que le politique danse.


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