Une note d'un blogueur attire mon attention sur un article de Libé. L'article de Libération (Rebonds du 02/04/2007), intitulé Les Gracques pris en flagrant délit de déni, est disponible à cette adresse (je mets ce lien qui sera permanent, à la différence de la page du site de Libé ; au passage le slogan La France présidente me fait doucement rigoler...).
C'est une vieille lune, bien pâlotte, que des gratte-papiers et autres débatologues de comptoir, affectionnent et serinent d'un ton patelin ou chafouin. Ces maîtres Calembredain racontent cette fable (très populaire) : le PS français, le saviez-vous ?, n'aurait pas osé couper les ponts avec tout ce lourd passé qui l'encombre (la proximité du marxisme, Mai 68, l'hyper-étatisme). Il n'aurait en somme pas eu la maturité du SPD allemand qui, au congrès de Bad Godesberg, accepta en 1959 l'économie de marché auquel il était auparavant hostile.
Evidemment, il y a baleine sous gravier, eh quoi ? le PS révolutionnaire ? la baleine est trop grosse, et les compères bonimenteurs sont bien obligés d'assaisonner leur lune de gruyère (d'où les cratères) : ce serait leur position doctrinale que les PS auraient manqué à rénover.
Concrètement, ce congrès, c'était pour l'Allemagne l'abandon de la lutte des classes. Je cherche avec ardeur (et sans succès) les références du PS à la lutte des classes... je rame. Je pense au Congrès de Tours, en 1920, où la SFIO fait le choix de ne pas entrer dans la IIIè Internationale. Desillez ma prunelle, messieurs les politologues. Le seul Bad Godesberg auquel fait face le PS oppose deux alternatives :
C'est une vieille lune, bien pâlotte, que des gratte-papiers et autres débatologues de comptoir, affectionnent et serinent d'un ton patelin ou chafouin. Ces maîtres Calembredain racontent cette fable (très populaire) : le PS français, le saviez-vous ?, n'aurait pas osé couper les ponts avec tout ce lourd passé qui l'encombre (la proximité du marxisme, Mai 68, l'hyper-étatisme). Il n'aurait en somme pas eu la maturité du SPD allemand qui, au congrès de Bad Godesberg, accepta en 1959 l'économie de marché auquel il était auparavant hostile.
Evidemment, il y a baleine sous gravier, eh quoi ? le PS révolutionnaire ? la baleine est trop grosse, et les compères bonimenteurs sont bien obligés d'assaisonner leur lune de gruyère (d'où les cratères) : ce serait leur position doctrinale que les PS auraient manqué à rénover.
Concrètement, ce congrès, c'était pour l'Allemagne l'abandon de la lutte des classes. Je cherche avec ardeur (et sans succès) les références du PS à la lutte des classes... je rame. Je pense au Congrès de Tours, en 1920, où la SFIO fait le choix de ne pas entrer dans la IIIè Internationale. Desillez ma prunelle, messieurs les politologues. Le seul Bad Godesberg auquel fait face le PS oppose deux alternatives :
- le maintien de la ligne socialiste actuelle, qui vise à aménager l'économie de marché à la marge, par un Etat de moins en moins à même de gérer les flux du capitalisme mondialisé
- une opposition frontale contre un certain capitalisme, sorte de déclaration de guerre, à laquelle, dans une conférence sur l'économie sociale, le député socialiste Vincent Peillon disait que le PS sera peut-être forcé de venir, aggiornamento destiné au "réarmement idéologique"
Pourtant, certes le choix de la sociale-démocratie n'a jamais été clamé tel quel... aujourd'hui qu'est-ce que ça change ? les idées sont des outils... un libéral peut être d'extrême-gauche, un social-démocrate aussi. Strauss-Kahn, accusé de centrisme, définit la sociale-démocratie ainsi :
"démocratie, transparence, exigence de liberté, équilibre des pouvoirs, ambition d'égalité, primauté de la négociation, choix d'intérêt général et souci de la redistribution."
On conviendra qu'on peut faire tout passer sous cela, et le PS dans son entier. Du moins aujourd'hui, où le mot d'ordre est à la transparence et la négociation. La mue est donc faite, congratz!
Plus profondément, il me semble que ce qu'on reproche au PS, c'est leur impuissance idéologique tout court, et non pas le manque de clarté. Dusse-t-il faire le choix clair du libéralisme (ce qui, au strict plan historique, n'aurait aucun sens : je n'avais moi-même pas conscience que la conscience politique des militants socialistes soit à ce point tributaire de l'histoire du PS, histoire engagée contre le marxisme et contre le grand capitalisme), le PS se retrouverait avec une certaine indigence idéologique, qui est aussi celle de la droite. Non pas l'idéologie à ras des pâquerettes, qui se pique d'effronterie et se balance des noms d'oiseaux. Mais cette puissance intellectuelle secrète qui nourrissait, presque à son insu, le PS au long du XXème siècle. Les compartiments des universitaires critiques, des militants associatifs, de la nomenclature PS, des journalistes et des syndicats n'étaient pas étanches, et formaient un tissu souterrain solide. Aujourd'hui, beaucoup de ces liens sont brisés. Aussi, la gauche n'a-t-elle plus le monopole de l'intelligence critique, auquel bon an mal an elle a pu être associée (c'est ainsi qu'un historien des idées de droite présentait lui-même la chose). Si une partie du dynamisme de l'altermondialisme lorgne du côté du PS, le PS ne retourne pas cette attention, tant dans ses idées, ses origines sociales et ses programmes. Le réarmement idéologique en question, ce serait donc de redonner le moyen de ces critiques, en opérant une synthèse entre les différents courants qui traversent la gauche :
"démocratie, transparence, exigence de liberté, équilibre des pouvoirs, ambition d'égalité, primauté de la négociation, choix d'intérêt général et souci de la redistribution."
On conviendra qu'on peut faire tout passer sous cela, et le PS dans son entier. Du moins aujourd'hui, où le mot d'ordre est à la transparence et la négociation. La mue est donc faite, congratz!
Plus profondément, il me semble que ce qu'on reproche au PS, c'est leur impuissance idéologique tout court, et non pas le manque de clarté. Dusse-t-il faire le choix clair du libéralisme (ce qui, au strict plan historique, n'aurait aucun sens : je n'avais moi-même pas conscience que la conscience politique des militants socialistes soit à ce point tributaire de l'histoire du PS, histoire engagée contre le marxisme et contre le grand capitalisme), le PS se retrouverait avec une certaine indigence idéologique, qui est aussi celle de la droite. Non pas l'idéologie à ras des pâquerettes, qui se pique d'effronterie et se balance des noms d'oiseaux. Mais cette puissance intellectuelle secrète qui nourrissait, presque à son insu, le PS au long du XXème siècle. Les compartiments des universitaires critiques, des militants associatifs, de la nomenclature PS, des journalistes et des syndicats n'étaient pas étanches, et formaient un tissu souterrain solide. Aujourd'hui, beaucoup de ces liens sont brisés. Aussi, la gauche n'a-t-elle plus le monopole de l'intelligence critique, auquel bon an mal an elle a pu être associée (c'est ainsi qu'un historien des idées de droite présentait lui-même la chose). Si une partie du dynamisme de l'altermondialisme lorgne du côté du PS, le PS ne retourne pas cette attention, tant dans ses idées, ses origines sociales et ses programmes. Le réarmement idéologique en question, ce serait donc de redonner le moyen de ces critiques, en opérant une synthèse entre les différents courants qui traversent la gauche :
- le socialisme associationniste (mutuelle, formes a-étatiques du collectif, places des associations, syndicalisme)
- l'écologie politique
- le libéralisme égalitariste (Rawls...)
- l'individualisme (tout de même, d'abord un courant libertaire présent dans le socialisme)
- les minorités identitaires
- par préférence personnelle, je préférerai passer sous silence le jacobinisme républicain, un enfermement duquel aujourd'hui on ne peut sans doute attendre aucune arme.

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