29 septembre 2007

Valère Novarina, Professeur d'inconnu


De l'alcool d'homme est distillé en nébuleuses efflorescences, criant une nature sans façon d'un trou d'homme au milieu, d'où s'échappe la parole.

Fragmentée, éclatée, l'expérience humaine n'est plus une expérience par un homme mais une expérience de l'Homme, de ce qu'il possède de plus propre, l'air chassé des poumons, l'accord animé d'un son de gorge, faisant parole et sens, mais aussi bien non-sens, danse et spirale.

Expérience de l'homme n'est pas pour l'homme : elle tâche à voler le plus intime et pourtant ce qui tient autour du trou. Ce vol est contre les images et les représentations; les agencements dénaturent, parodient; violence fétichiste de l'image de l'homme qui est exhibition de soi. Ce vol est une contre-violence envers tout le petit théâtre narcissique d'aujourd'hui théâtre du Moi et institution théâtrale.

Comment le langage, claire vertu communicante, communiante se fait l'alibi d'un tel meurtre ?
Quoi le pousse et le travaille au délitement, l'enrobe de puissance comicante ? Et pourtant dans une pièce de Valère Novarina, sur toute chose il étend sa nuit. Puissance de négation, le langage est antimatière du monde ordonné. Nuit de la parole, la langue est la bafouille du signifiant, une bafouille avec ses aérations, ses crises, qui faconde aussi à l'imitation, au bluff, au coup d'éclat, ne visant pas le juste et le vrai, mais risquant la lumière par éclipses et par inadvertances.

S'il y a un drame, c'est celui du langage. S'il y a une histoire, c'est celle des contorsions de la langue. Sa frénésie double celle des corps : débauche de matière.

La langue poétique portée à la force majuscule, avec sa puissance de carnage, indiffère au monde; elle ne grime pas d'arrière-monde, de plus/moins. Elle n'a pas à établir rapport à ce monde : elle se suffira d'elle-même pour aventure et de l'entropie pour moteur.

Animée dans l'espace furieux, l'aventure de la langue apporte une transcendance contre les transcendances, transcendance dans l'unité du bouillonnement contre les assignations, les verticalités. Un Dieu du peu vient du trou : on clame de lui itou, pas anagogique mais scissipare.

Pour un mec qui merdRe, vous aurez compris que Valère Novarina, professeur d'inconnu, est vachement ahead. Son dernier spectacle présentement au théâtre de la colline, réclamera une implication pleine d'a priori positifs, une intelligence fort aise de ne pas déboucher le nombril des mots, un sens aigu de l'absurdité du sens, une patience sans cette illumination finale où chaque chose est casée, proprette, à sa place dans le récit. Si vous aimez Samuel Beckett et David Lynch, vous sera cependant récompensés.
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24 septembre 2007

World music

Afrika Bambaata

World music : Cette étiquette floue a-t-elle un sens ?

La « variété française » s’imposant chez nous comme genre à part entière au royaume de France et de Navarre est ainsi classée sous l’étiquette world à l’étranger. La country et le folk ne le seront pas nécessairement, en revanche. Le reggae non plus.

Bien entendu, il n’y a pas d’unité de la musique world. Daniel Melingo, Nazare Pereira, Tinariwen, La Minor ou Tonino Carotone n’ont rien en commun. Et pourtant, il semblerait que s’illustre dans cette « world music », label marketing forgé pour coller aux fesses des sucreries pop (avec d’immenses succès comme le Buena Vista Social Club ou Cesaria Evora), une faculté particulière d’hybridation. Et c’est d’ailleurs celle-ci qu’il faudrait retenir. Serait folk la musique qui s’attache à un canon traditionnel (ou qui donne à entendre une musique se présentant comme ce canon lui-même). Jacques Brel, Edith Piaf : musique folk. Nusrat Ali Fateh Khan (mais pas quand la célébrité le fait collaborer à l’éléctro), Astor Piazolla, Ezma Redzepova, Fatrid al Atrache : musique folk.

Tandis que la musique poussant sa dérive, osant le propre et l’unique, celle-là mérite d’être world, pour n’être d’aucun pays.

Contrastons avec la pop. J’ai fait tous les efforts. J’ai reconstitué toutes les généalogies, toute la diversité d’inspirations qui porte ce genre attrape-tout : glam, rock’n’roll, RnB, punk, progressif, metal, gothique. Or, cette multiplicité riche et nombreuse n’éclate qu’en se niant ; le metal, en parodiant les rythmes de la musique religieuse baroque ; le progressif en s’aventurant vers les territoires inconnus, guère plus rock qu’autre chose, de l’expérimentation musicale ; le glam en s’inventant une sensualité troublante sortant de l’hédonisme sexuel de Bryan Ferry ou Brian Eno première période ; le punk, en retenant du rock la volonté d’exutoire et en en parodiant les rythmes simples pour lacer un manifeste ab absurdo ; le rock’n’roll, en revenant à la puissante évocation du blues des origines (le million dollar quartet reprenant les classiques du rythm & blues).

Aussi, la pop ne peut-elle que ressasser, perfectionner ses accords ciselés – cette volonté de trouver, peaufiner et amener à toute sa puissancce, la bonne mélodie. Les réussites de ces dernières années (ou le peu qui me sont tombées sous la main) ne réussissent leur art qu’à force d’ouverture, ou de travail de ciseleur acharné : Arcade Fire, Clap your Hands Say Yeah, Interpol, Yeah Yeah Yeah, Art Brut, Animal Collective ; du rock petit bourgeois, sans âme, reprenant (bien) les méfaits de ses augustes aïeux. Du festif, souple et coulant, pour les dancefloors. Sans ouverture, une telle musique péricilite : chère au cœur des petits bourgeois habitant de confortables appartements dans les centre-villes des métropoles occidentales, elle leur procurera l’aubaine d’un frisson rebelle.

Pour la musique, préférez le jazz contemporain, le world tout-mêlant, le hip-hop ou la techno. Mieux, préférez, écoutez ceux qui ne se revendiquent d'aucun style et d'aucune étiquette, et qui ne revendiquent aucun précurseur, cela demandera une patience et un apprentissage singulier, ceux qui osent dire que leur musique est juste de la musique.

Pas une musique juste, juste de la musique.

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13 septembre 2007

Le maître ignorant

C'est bien cela qu'il s'agit de vérifier : l'égalité de principe des être parlants. En contraignant la volonté de son fils, le père de famille pauvre vérifie que son fils a la même intelligence que lui, cherche comme lui; et ce que le fils, lui, recherche dans le livre, c'est l'intelligence de celui qui a écrit le livre, pour vérifier qu'elle procède bien comme la sienne. Cette réciprocité est le coeur de la méthode émancipatrice [...] Ce que peut essentiellement un émancipé, c'est être émancipateur : donner non pas la clef du savoir mais la conscience de ce que peut une intelligence quand elles e considère comme égale à toute autre et considère toute autre comme égale à la sienne.

L'émancipation est la conscience de cette égalité, de cette réciprocité qui seule permet à l'intelligence de s'actualiser par la vérification. Ce qui abrutit le peuple, ce n'est pas le défaut d'instruction mais la croyance en l'infériorité de son intelligence. Et ce qui abrutit les "inférieurs" abrutit du même coup les "supérieurs". Car seul vérifie son intelligence celui qui parle à un semblable capable de vérifier l'égalité des deux intelligences. Or l'esprit supérieur se condamne à n'être point entendu des inférieurs. Il ne s'assure de son intelligence qu'à disqualifier ceux qui pourraient lui en renvoyer la reconnaissance [...]

Cette croyance à l'inégalité intellectuelle et à la supériorité de sa propre intelligence n'est point le seul fait des savants et des poètes distingués. Sa force vient du fait qu'elle embrasse toute la population, sous l'apparence même de l'humilité [...]

L'acte de l'intelligence est de voir est de comparer ce qu'elle voit. Elle voit d'abord au hasard. Il lui faut chercher à répéter, à créer les conditions pour voir à nouveau ce qu'elle a vu, pour voir des faits semblables, pour voir des faits qui pourraient être la cause de ce qu'elle a vu. Il lui faut aussi former des mots, des phrases, des figures, pour dire aux autres ce qu'elle a vu. Bref, n'en déplaise aux génies, le mode le plus fréquent d'exercice de l'intelligence, c'est la répétition. Et la répétition ennuie. Le premier vice est de paresse. Il est plus aisé de s'absenter, de voir à demi, de dire ce qu'on ne voit pas, de dire ce qu'on croit voire. Ainsi se forment des phrases d'absence, des donc qui ne traduisent aucune aventure de l'esprit. "Je ne peux pas" est l'exemple de ces phrases d'absence. "Je ne peux pas" n'est le nom d'aucun fait. Rien ne se passe dans l'esprit qui corresponde à cette assertion. A proprement parler, elle ne veut rien dire. Ainsi la parole se remplit ou se vide selon que la volonté contrainte ou relâche la démarche de l'intelligence. La signification est œuvre de volonté.
Jacques Rancière, Le maître ignorant (pp 67-69, 94-95)
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29 août 2007

Kara Walker, la grande aventure humaine

Kara Walker, Excavated from the Black Heart of a Negress

Horreur absolue, l'exposition présente du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris est admirable.

A propos de puissance de scandale. Revisitant l'esclavage, l'histoire des femmes et des Afro-Américains, explorant ces fantasmes qui subsistent, d'une extrême intransigeance, Kara Walker réussira parfaitement à dégoûter de lui-même l'Homme Blanc qui se respecte et propre sur lui, l'engluant dans les errements de la repentance odieuse à laquelle
1/ les peuples qui ont des arts premiers nous acculent
2/ la lutte sans cesse ni repos pour l'inégalité hommes-femmes nous pousse, à force de remords

Bien entendu, de préférence un Homme Blanc bien aware, vaguement au courant de l'esclavage et des méfaits de la culture afroaméricaine (elle a commis beaucoup de sous-cultures, notamment dans la danse ou la musique). Ne poussons pas le bouchon, mais un qui relirait Gobineau, histoire de remettre les choses à leur place. Du genre qui contribue au développement de la Thaïlande et Cuba, no comment.

Un conseil donc, courez-y.

Whose house is this?
Whose night keeps out the light
In here?
Say, who owns this house?
It's not mine.
I had another, sweeter, brighter,
With a view of lakes crossed in painted boats;
Of fields wide as arms opened for me.
This house is strange.
Its shadows lie.
Say, tell me, why does its lock fit my key?

Toni Morrison

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La société bande

Erich Von Stroheim, photo

Chacun peut dessiner sa bande. Consommation : style ; cela suffira à singulariser. Une bande de jeunes à moi tout seul.

Tant et si bien.

Enfin, il faudra pour certains la tarte à la crème : parfum de l’extrême singularité. Un poseur Contre vaut à lui-même chapelle : il nomme diacres, prêtres, archidiacres. Il a ses Trônes, ses Vertus, ses Dominations.

Une société : comme on disait alors, ce groupe d’individus élus qui gravitaient autour de tel ou tel, Spinoza, Stendhal ou Lovecraft. La « société des gens de lettres ». Elle ne se mêle pas (son sang non plus) : l’écriture pure, a ses ors. Selon les époques, les fièvres ont changé.

A mesure des engouements, une constante : la puissance de scandale. Il faut être en tout point radical, toujours prendre un soin qui, faute de superbe, est constamment méticuleux, à la posture de Maudit.

Evidemment, à l’ère de la publicité des styles, les tics paranoïaques (amour des sociétés secrètes, rituels d’écriture, résurrection d’un passé mémorable) sont publicisés, les toquades clamées. La médiocrité de l’époque, ah ! , s’efforcer, sortir de cette glaise ig-noble où le présent nous enferme.

(Des gens de lettres ou des autres. D’autres, foultitude infinie, n’auront pas l’audace du style, non plus que la prétention à l’unicité.)

Peu importe que tous se soient acharnés au jeu du Contre, que les Médiocres en leur décadence aient succombé à de semblables émois.

La Contrelittérature n’est pas la littérature. Un Contrelittérateur est contre les littérateurs. Ces désamours recuits suffisent-ils à provoquer au Ciel ? Certes non.

Sulfureux comment ? Dangereux pourquoi ? Infréquentable par qui ?

Et après ? Qui jugera ? D. reconnaîtra les siens.

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20 août 2007

Interview d'Amartya Sen


Vous revenez aujourd’hui sur la théorie du « choc des civilisations », qui avait fait grand bruit lors de la sortie de l’article de Samuel Huntington, en 1993. Tout n’a-t-il pas déjà été dit sur le sujet ?
Effectivement, cette thèse a été abondamment commentée et critiquée. J’ai d’abord cru que cette polémique entre intellectuels s’éteindrait rapidement, tant l’idée de départ me paraissait mal pensée, voire stupide. Envisager les relations humaines uniquement en termes civilisationnels est une telle simplification ! Comme si l’on pouvait classer les individus et définir leur identité en fonction d’un seul critère ! Il suffit de prendre l’exemple de l’Inde, définie par Huntington comme appartenant à la civilisation hindoue, alors même que le pays compte plus de musulmans qu’aucun autre pays dans le monde, excepté l’Indonésie et le Pakistan. C’est oublier par exemple qu’à Bollywood, ce haut lieu de la culture de masse en Inde, un grand nombre d’artistes sont musulmans. Ce qui ne les empêche pas d’être adulés par une population à 80 % hindoue.
Puis il y a eu le 11 Septembre et le début de la « guerre contre le terrorisme ». Et, de façon explicite ou implicite, les idées de Huntington ont quitté la seule sphère intellectuelle pour gagner le cœur même de la politique internationale actuelle. Elles n’ont pas perdu de leur stupidité mais leur pouvoir de nuisance, lui, n’a jamais été aussi fort.

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28 juillet 2007

Le Voyage

Photo liée au film It's a Wonderful Life, Frank Capra (1946)

Voyage porte avec soit une foultitude d'affects.

L’idéal humaniste, on ne quitte pas un lieu auquel on s’attache ; on fait de l’universel son lieu. Point de meilleure école pour mettre à distance les particularismes. Le vieil idéal romantique : Stendhal, Goethe, contant certaine éthique du voyage : Bildungsroman. D’autres, multipliant les images d’Epinal comme autant d’émerveillements : Delacroix, Baudelaire, Théophile Gautier.

Le voyage romantique, le même, par les yeux de Des Esseintes, le héros d’A Rebours : envisager Londres, son fog et son atmosphère, ses pubs, suffit au héros ; pourquoi y aller, se dit-il finalement, quand le voyage ajoute seulement ses désagréments aux impressions de l’imagination ?

Nourri par l’esprit Bohême, revivifé par Olivier Bouvier, Segalen, Cendrars, Henri Michaux. (et tant d’autres). Hanté par l’ethnologie (côté jardin) et par les souvenirs coloniaux (côté cour). Aujourd’hui, le voyage a la dent dure. Il rôde encore, comme un souvenir de fraîcheur après le passage de l’authentique.

Rien n’alimente plus sa majuscule. Chacun lui invente une raison : qui une découverte, comme si l’Autre existait encore dans les paysages soigneusement mis en valeur du capitalisme touristique ; qui l’aventure, privilégiant l’audace de destinations vierges, rejoignant le lot des sevrés de « réalité » (la crasse est vraie) en mal de frisson, désireux d’inaugurer à nouveau la geste enfuie de l’authentique ; qui la libido, à laquelle le voyage bon gré mal gré a pu s’associer, préférant Cuba ou la Thaïlande pour bénéficier d’une offre organisée. D’autres préfèrent la proximité (enchanter le quotidien) : le superbe film de Frank Cap You Can't Take It Away with You (1938).

Cependant, les lieux où l’on s’égare en voyage, ne sont pas ceux-là que l’anticipation a patiemment alignés en perles sur un collier. Le spectacle ne semble plus porter sur le monde, révélé, donné, mais sur cette position du spectateur inséré dans un espace non familier. Le spectacle du voyage aujourd’hui, du voyage après la Chute en quelque sorte, c’est le spectacle du spectateur-voyageur.

Là, le voyageur se fait ethnologue : la différence fait spectacle, et ce ressenti donne à la différence texture et cachet (moi qui « goûte » cette différence qualitative, moi qui ai foulé ce sol). Ici, le monde qui défile ressemble aux clichés, mais en même temps en diffère (in)sensiblement : ce décalage fait le miel du spectateur.

Le voyage n’est plus ni faux ni vrai : il n’y faut plus chercher ni recoins dérobés ni souci d’authentique ; soit il décline les vignettes de l’altérité culturelle, aménagée par le capitalisme touristique ; soit il se présente commercialement, comme participant des codes ludiques et pratiques de la mondialisation ; soit il vend frauduleusement sa camelote d’authentique aux crédules.

On peut sans doute aller plus loin (essayons, mais plus tard) en essayant de comprendre ce que veut dire Marc Augé : « l’espace du voyageur est l’archétype du non-lieu ». A méditer pour un prochain ramassis de truismes.

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16 juillet 2007

De l'apparence à la logique de l'apparence : vertus de l'apparence (III)

New Shoes for H (1973-74), Don Eddy

I L'espace du politique

II Une nouvelle ère

III Vertus de l'apparence

C’est ainsi que le mouvement s’exténue dans l’apparence. A l’allant, Sarkozy emporte une adhésion remarquable. Cependant, la foule heureuse qui le plébiscite ne trouvera pas cela même qu’elle réclame : le miracle d’une austérité sans contraintes, ointe d’une largesse sans excès.

Homme de la communication, Sarkozy communiquant tisse du vent : il n’en faut guère plus aux media pour ferler la voilure des journaux. Ca et là, se trouveront quelques faits anodins, descendant au plus bas de l’apparence : pur simulacre, le président peut-être ivre, rigolard, image-monde, métaphore de popularité, scandale, scoop… eh, quoi donc, en fait ? si peu : les journalistes se complaisent à ces scandales qui n’en sont pas (et le font-ils seulement : qui parla de cette vidéo dont les audiences sur le net cumulées excédèrent, une première !, l’audience du 20h de TF1 ; cependant que ce non-événement, vu par tous, était aussi dans toutes les bouches); ces scandales mignardant leur permettent de regarder leur psyché, et de rejouer la sérénade du grand journalisme : miroir miroir, dis-moi qui est la plus belle.

Homme de la communication, Sarkozy trouve un terrain de chasse à son aplomb : une génération de chiens couchés qui n’en peut mais devant ses rodomontades ; qui s’empressent de rapporter ces jouets que le monarque leur concède, peu chiche en la matière, bribes compartimentées de secrets conjugaux, d’ivresses du pouvoir, d’activisme forcené. Spectacle complet.

Homme de la communication, Sarkozy a sans doute plus d’apparence que d’autres, cette apparence que notre modernité la plus contemporaine transforme en plus vivant, en plus présent, avec ce monde détramé que nul souffle désormais n’anime. Cette apparence prête à ses mots la plus grande réalité et aux affects que ses mots subodorent, la plus grande ductilité. Ainsi, l’apparence fait-elle monde.

Sarkozy, par un miracle de la même eau que la transsubstantion, fera peut-être bien mieux qu’il n’est pour lui politiquement possible : réconcilier les Français avec un type nouveau de chef, porteur à son insu de symboliques nouvelles, d’enthousiasmes surjoués, de popularité artificielle, de bassesses mesurées, pour qu’enfin les Français se réconcilient avec cette chose irrationnelle, l’espoir. Et qu’en dépit de tout, et surtout de la politique qui est menée, qui sera menée, une chose précieuse, peut-être, sera refondée, précieuse d’une rareté qui excède sa stature politique tout autant que sa petite taille (1).

(1) Ainsi, d’ailleurs, n’a-t-il pas démérité au Ministère de l’Intérieur : non pas tant par ses résultats (contestés, et guère spectaculaires) que par la fierté qu’il sut redonner à la police et par l’impression d’activité qu’il rayonna (ce qu’auparavant j’appelais précisément l’activisme), auquel on peut largement imputer la baisse du sentiment d’insécurité.

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08 juillet 2007

De l’apparence de la logique à la logique de l’apparence : une nouvelle ère (II)

Wood painted sculpture : String of Puppies, Jeff Koons (1998)


I L'espace du politique

II Une nouvelle ère


Or donc, Sarkozy multiplie les présences, les apostrophes : stratégies de l’ubiquité, où l’espace public est saturé par en-haut (paroles du président réverbérées dans la majorité et les media, orchestrant la parole de l’opposition) et par en bas (actes du président, témoignant de son implication et de son volontarisme).

Reprise. Sarkozy sur l’Europe. Mal dire ce qu’on fait, mal faire ce qu’on dit :

« Je crois aujourd’hui que l’Europe est sauvée », dit le président à Strasbourg. Qu’a-t-il fait, quel diagnostic a-t-il porté ?

Du mouvement vers l’intégration européenne, Sarkozy a cherché à conserver le sentiment du mouvement. Car l’inertie de la machine européenne n’est pas fondamentalement remise en cause. Ni ses divisions internes ; ni ses visées : quelle représentation, pour quoi faire ? Loin que de trancher le nœud gordien qui entrave l’union européenne, déchirée entre les tentations intégratrices, les souverainismes nationalistes et l’allégeance atlantiste, Sarkozy maintient l’immobilisme en l’état (en l'Etat ?), mais imprime à cet immobilisme un mouvement ; il oriente le ressac, il pilote la dérive. America is back, disait Reagan ; Sarkozy : « la France est de retour en Europe » (du grand art). Du mouvement, l’apparence du mouvement, donc.

De l’activité, l’apparence aussi : l’activisme, en somme. Un lien maintenait la parole politique à la réalité de son exercice : la conflictualité des positions dans l’espace public, qui s’appuyait sur des commentateurs, des intellectuels, une opposition. Ce lien (heureusement) n’est pas rompu. Cependant, il est plus lâche. L’information, per se, tend de plus en plus à la neutralité : son avènement dans les consciences n’approche que si sa réfraction médiatique lui donne une densité, une vitesse, une coloration ; ainsi le politicien ou l’expert sûr de sa force peut-il vraisemblablement (le mentir-vrai : le vraisemblable) dire : « je crois », « ayez confiance », « voici la situation » ; il dira une chose, fera l’inverse, et son passement de jambes fera advenir l’impossible. La force du signal jouera avec et contre l’activité politique proprement dite : avec, parce que sa trajectoire naturelle lui fera épouser l’activité à laquelle elle se rattache ; contre, parce que l’inscription du politique dans la logique du vraisemblable permettra, à celui que suffisamment de circonstances favorisent (l’élu), de détendre le lien à la pratique politique, et d’imprimer un contre-mouvement, qui, suffisamment repris par la sphère médiatique, produira un buzz, un effet-vérité, même chimérique (1).

Sarkozy s’agite, et cette agitation donne à sa parole du momentum. Ainsi sauve-t-il l’Europe : de l’action énergétique de l’homme (gestes, mouvements, coups de téléphone), à ses paroles (lestées par son énergie), à l’action politique (annoncée, proclamée). De la logique de l’action à l’activisme.

(1) On peut penser aux actuelles mésaventures du parti socialiste français. Que celui-ci soit en crise ouverte, cela saute aux yeux. Mais que les media, reprenant les mots des contempteurs du PS, appellent à un énième aggiornamento miraculeux, dont nul ne connait les termes, la plausibilité et le secours qu'il apporterait ; on passe de la critique (de bon aloi) médiatico-politique à une ritournelle amplifiée par sa mise en boucle et en bouche dans les relais de l'information, arrivant avec une force démultipliée, et sans commune mesure avec la situation organisationnelle et doctrinale réelle du PS, dans les oreilles des lecteurs, spectateurs ou auditeurs. Voir à ce sujet le syndrôme de Bad Godesberg.

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De l’apparence de la logique à la logique de l’apparence : l’espace du politique (I)

Caoutchouc-Croix, Annette Messager

Excusez l'inutilement pompeux du titre, mais ça sonne...

Longtemps, le politique s’est caractérisé par une certaine forme de « mentir-vrai » : posture hybride où le politique, personnage-pieuvre, dit aux auditeurs ce qu’ils désirent entendre, s’arrange des faits et de la vérité ; il trompe parce que la vérité que la foule ne veut pas entendre, doit être tue si les remèdes que le politique préconise doivent un jour s'appliquer. Ainsi le mensonge du politicien a-t-il toujours été justifié : il ment à bon escient. Au reste, qu’importe si cette vérité-même qu’il est censé connaître, et qu’un discours redoublant le premier adresse aux élites par signaux discrets, l’anime véritablement. De par sa visée politique, ce sont les effets-vérité qu’il doit maitriser, et leur subtile administration fera sa grandeur ou sa chute.

Comme le dit Swift, « le moyen le plus efficace pour combattre et détruire un mensonge est de lui opposer un autre mensonge ». Dans l’espace logique que laisse entrevoir le politique, l’effet-vérité n’est qu’un enjeu parmi d’autres de l’art du langage.

Du politique poulpe, le changement le caractérise, ce que d'aucuns appellent la duplicité. Detienne et Vernant :

« C'est dans les discours ondoyants que le sophiste déploie les paroles aux nombreux replis : enchaînement de mots qui se déroule comme les anneaux du serpent, discours qui enlacent leurs adversaires comme le bras souple du poulpe. Pour le politique, prendre l'apparence du poulpe, ce n'est plus seulement posséder un logos de poulpe, c'est se montrer capable de s'adapter aux situations les plus déconcertantes, de prendre autant de visages qu'il y a de catégories sociales et d'espèces humaines dans la cité, d'inventer les mille tours qui rendront son action efficace dans les circonstances les plus variées. A certains égards, le polutropos (polytrope, poulpe), comme type d'homme, paraît se confondre avec celui que les lyriques appellent l'ephemeros. Ce dernier, en effet, est l'homme des instants et des changements. Il est tantôt ceci, tantôt cela, habile, il glisse d'un extrême à l'autre; autant que le polutropos, l'ephemeros se caractérise par la mobilité. Cependant, si l'un et l'autre sont des êtres mouvants, ils se différencient radicalement sur un point essentiel : l'un est passif, l'autre actif. L'ephemeros est l'homme inconstant qui se sent changer à chaque instant, tout son être de flux tourne au moindre souffle, selon l'expression de Pindare, il est la proie du temps rusé. »

Dans cette espace logique du politique, art de la déception, le politique est un hybride entre la devise sarkozyste (Faire ce qu’on dit, dire ce qu’on fait) et son contraire ; cela donnerait : Dire mal ce qu’on fait, faire mal ce qu’on dit ; où ce "mal" n’est pas tant l’inverse du Bien, mais un mal en termes de vérité (comme dans : il a mal prononcé) : mal dire, c’est dire une chose d’une façon trompeuse, mal faire, c’est faire autre chose que ce qu’on a dit. C'est sur cette corde que le politique danse.

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26 juin 2007

Zodiac : Esthétique de la déception


De l’image chargée de Seven, que le grand fantasme du meurtrier tout-puissant abreuvait de libido, Zodiac prend l’absolu contre-pied. Le jeu de la caméra déjoue le regard qui sans cesse attend cette montée du suspense propre au cinéma de genre. Il le déjoue, il l’éconduit, ici traînant dans les parages du cinéma d’horreur (scènes de nuit affolées, maison grinçante d’un personnage vampirique, etc.), là reproduisant les clichés du cinéma d’enquête, lente recherche patiente à la French Connection, fastidieuse et inutile.

Ce cinéma dit une césure : le cinéma, art des moyens, contre le cinéma, art des fins (cinéma commercial, usant comme d’une manne infinie, du cliché, peu avare de ses effets, les multipliant à l’envi en sorte qu’un cinéma artistique – mais ce mot d’artistique a-t-il seulement un sens – avoisine alors plutôt l’art des moyens, le travail patient de l’artisan faiseur de style.)

Sans cesse l’attente est déçue : les cryptogrammes emblématiques ne portent aucun mystère (on en trouve les solutions dans une bibliothèque), la menace latente que porte le meurtrier n’est pas une descente du dieu tout puissant ni d’un folklore pour enfants que la justification rationnelle du monde moderne cherche à tout prix à refouler.

La quête en elle-même apparaît vide de sens, renvoyée à une lubie obsessionnelle, à la manière des personnages de James Ellroy. Et pourtant, ce qui les habite, ce besoin du fantasme qui réconcilie les enquêteurs avec la fin du cinéma (l’entertainement hollywoodien : c’est bien un terrible danger qu’ils traquent, un meurtrier bigger than life, pas quelqu’un d’insignifiant face au nombre de tués par accidents de voiture, comme le dit un inspecteur), dit qu’un cinéma des moyens, attachée à la lumière que porte la caméra, ne saurait être cinéma d’un réel purifié, Kino-pravda pour le XXIè siècle.

Ne lit-on pas dans une lettre qui passe à la caméra que le meurtrier est désormais l’auteur réel du film. Subtile ambiguïté qui, dénonçant l’univers du cliché comme une ruse, met pourtant un cinéma du réel au service de l’illusion, mais par convention exprès. Le meurtrier manquant est l’auteur secret du film, qui, le portant à l’écran, y anime toujours son fantasme, mais un fantasme contenu, fleuve rangé par la lumière, que ne trouble pas la furie des effets. L’enquête témoigne alors du travail du cinéaste : elle révèle le petit, le détail, et s’acharne patiemment, lors même que sa récompense est fugace, s’acharne à bâtir pour elle-même et raconter une histoire avec force cahots sinueux, loin du convenu qui gouverne le jugement de goût. Esthétique de la déception : David Fincher fait du cinéma pour adultes.

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19 juin 2007

La femme qu'il vous faut


Appel de Sylvie Noachovitch aux électeurs
envoyé par hdb_blog

L'auteure de propos racistes remarqués, Sylvie Noachovitch, soigne sa droite, prenant DSK à bras-le-corps sur les sujets qui tâchent. Complètement folledingue, l'autre.
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18 juin 2007

Un rapport accablant sur le Proche-Orient

Ci-dessous un texte qui rend compte de la "fuite" d'un rapport secret rédigé par l'ex-coordinateur spécial de l'ONU pour le processus de paix au Proche-Orient, du temps où il était encore en fonction. Comme ce texte est intéressant, je reproduis l'article du journal Le Soir (belge) dans son intégralité. Merci au rédacteur de Loubnan ya Loubnan de diffuser des informations de qualité. Le rapport est accessible dans son intégralité à cette adresse.

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Un texte qui fera date. De par la qualité de son signataire et de par la substance de son contenu. Le Péruvien Alvaro de Soto, coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient a remis son dernier rapport au secrétaire général de l'ONU le 5 mai, avant de quitter la scène professionnelle. Dans ce texte, véritable brûlot politique, celui qui quitte les Nations unies après vingt-cinq ans de bons et loyaux services, « se lâche », comme nous le dit un diplomate belge. Mais ses remarques sévères pour les Etats-Unis, les Nations unies et Israël n'étaient pas destinées à publication. Il est revenu à notre confrère britannique The Guardian, de révéler l'existence de ce rapport de 53 pages en anglais et de le diffuser sur internet.

Ce « rapport de fin de mission » énumère des constats additionnés tout au long des deux dernières années par un acteur de premier plan de la scène diplomatique proche-orientale. Les deux années en question, de septembre 2005 à mai 2007, ont été riches en événements : retrait unilatéral d'Israël de Gaza, victoire du Hamas aux élections de janvier 2006, boycott subséquent du gouvernement palestinien islamiste par Israël et la communauté internationale, guerre du Liban à l'été dernier, mise en place d'un gouvernement palestinien d'unité nationale en mars 2007 et maintien du siège international. Les observations du diplomate onusien aident à expliquer comment les choses ont évolué jusqu'à la dramatique situation actuelle.

En bref, comme le résume The Gardian, Alvaro de Soto, estime que le boycott international imposé aux Palestiniens a été « au mieux d'extrême courte vue » et a eu « des conséquences dévastatrices pour le peuple palestinien ». Israël de son côté « a adopté une attitude essentiellement de refus envers les Palestiniens ». Les agissements des négociateurs du Quartet (Etats-Unis, Union européenne, Russie et ONU) se sont transformés en « spectacle secondaire ». Quant aux Palestiniens, leur engagement à mettre fin aux violence est « au mieux imparfait, au pire répréhensible ».

Des jugements très lourds surgissent çà et là dans le texte. « Les mesures prises par la communauté internationale dans le but espéré de promouvoir une entité palestinienne qui vivrait en paix avec son voisin israélien ont eu précisément l'effet inverse », écrit de Soto par exemple. Ou encore : « L'impartialité est devenue soumission à la politique américaine, NDLR d'une manière sans précédent au début de 2007 ».

Cette soumission est notamment lisible, explique-t-il, dans l'attitude du Quartet par rapport au gel par Israël des transferts de taxes effectués en faveur de l'Autorité palestinienne : « Le Quartet s'est vu interdire de se prononcer sur le sujet parce que les Etats-Unis, comme ses représentants nous l'ont signifié, ne souhaitent pas qu'Israël transfère ces fonds à l'AP ».

L'ex-envoyé spécial de l'ONU regrette d'ailleurs la politique de siège imposé au Hamas : « Le Hamas évoluait et pouvait encore le faire et nous devions l'encourager dans cette évolution, de sorte qu'un dialogue puisse s'instaurer dans lequel l'ONU aurait eu un rôle à jouer ». Ce siège existe car les conditions posées au Hamas - reconnaissance d'Israël, renonciation à la violence et respect des accords antérieurs conclu par l'OLP - ne sont remplies : à ce propos, de Sotos critique les Etats-Unis et Israël « réfugiés dans une position de rejet, dont ils sont prisonniers, en insistant sur des préconditions dont on sait qu'elles ne sont pas réalisables ».

L'Europe, à son tour, en prend pour son grade : « Les eurocrates ont réalisé qu'ils avaient dépensé plus d'argent en boycottant l'Autorité palestinienne que lorsqu'ils la soutenaient et qu'en la contournant cela n'a pas permis de la consolider, mais que cet argent a été investi à fonds perdu ».

De Soto n'épargne pas les Nations unies : « Quasiment à tout moment, l'accent est mis sur les bonnes relations avec les Etats-Unis et sur l'amélioration des relations de l'ONU avec Israël, constate-t-il encore. Il y a un réflexe apparent, dans chaque situation où l'ONU doit prendre position, de se demander d'abord comment Israël ou Washington réagiront, plutôt que se demander quelle est la bonne position à adopter ».

La langue de bois, on le voit, ne transpire pas dans ce rapport « secret » : « Je ne crois pas, honnêtement, continue-t-il, que l'ONU fasse à Israël la moindre faveur en ne lui parlant pas franchement de ses erreurs dans le processus de paix. Nous ne sommes pas un ami d'Israël si nous permettons à ce pays de se satisfaire que les Palestiniens soient les seuls à blâmer ou que ce pays puisse, avec légèreté, continuer à ignorer ses obligations liées aux accords passés, sans payer un prix diplomatique à court terme et un prix beaucoup plus élevé en matière d'identité et de sécurité à plus long terme ». Et plus loin : « Je me demande si les autorités israéliennes réalisent qu'elles récoltent ce qu'elles sèment, et elles encouragent systématiquement le cycle violence-répression au point qu'il se reproduit de lui-même ».

Il y a pire encore. Alvaro de Sotos reproche aux Etats-Unis d'avoir « poussé à une confrontation entre le Hamas et le Fatah », et il cite un diplomate américain qui lui confie « J'aime cette violence », alors les heurts palestiniens fratricides se développent.

Mercredi à New York, une porte-parole du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a déclaré qu'il était « profondément regrettable » que ce rapport ait été publié dans la presse, et a précisé que « les points de vue contenus dans le rapport ne devraient pas être considérés comme la politique officielle de l'ONU ». De Soto n'aura sans doute pas été surpris par cette réaction.

Baudouin Loos
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10 juin 2007

Un sondage du PEW sur les musulmans en Occident



Une étude intéressante sur la situation des musulmans dans les grandes démocraties occidentales. Remarquons le succès relatif des Musulmans français par rapport aux Musulmans allemands, espagnols et anglais.

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03 juin 2007

La popularité de Sarkozy

Un sondage décrie depuis déjà quelque temps la chronique. Il est accessible ici. On y trouve par exemple ceci :

Quinze jours à peine après son élection, les Français jugent le président Nicolas Sarkozy -qui leur apparaît dynamique (91%) et moderne (85%)- a raison de souhaiter mener toutes les réformes en même temps (67%) et qu'il exerce sa fonction d'une manière correspondant à leur attente (70%), selon un sondage OpinionWay pour RTL-LCI-Le Figaro rendu public vendredi.
Qu'est-ce donc OpinionWay ? Un court article sur le blog de l'économiste Askenazy attire mon attention, et vaut d'être restitué :
La plupart du temps les médias oublient de préciser la méthodologie d’OpinionWay. Les sondages sont réalisés, comme ceux des autres instituts, sur des échantillons d’environ 1000 personnes et utilisent la méthode des quotas. Plus original, les personnes sont généralement interrogées en ligne par un système de chat. Elles sont choisies au sein du panel NewPanel http://www.newpanel.com/current/index.htm
N’importe qui peut adhérer à ce panel. Le membre reçoit en dédommagement des miles et donc in fine des cadeaux.

Le site est explicite « En participant à l’aventure de NewPanel vous pouvez tout d’abord donner votre avis afin de peser sur les décisions des entreprises et des pouvoirs publics dans un sens conforme à vos souhaits et à vos idées ! » [SIC]
Etrange conception...
No comment. De quoi susciter un réel "état de grâce". Voir l'article complet (ou le même s'il n'y a pas de suite... mystère de la machine)

26 mai 2007

La généalogie du chaos


Que penser du Liban ? Alors que le miroir déformant de la presse française MSM (mainstream) distille les informations au compte-goutte, un petit coup de projecteur semble de rigueur.

Fatah-al-Islam : mouvement séparatiste du groupuscule Fatah-Intifada, lui-même séparatiste du Fatah pour cause d’amitié avec la Syrie. Récapitulatif de la situation.

Les réfugiés palestiniens au Liban capitalisent la rancœur des Libanais : tout plutôt qu’un nouveau cycle de violences inter-libanaises. Cependant, en filigrane, pointent les manœuvres destinées, de part et d’autre, à modifier l’équilibre des forces entre le Mouvement du 14 mars et le camp regroupé autour du Hezbollah.

D’un côté, le clan sunnite de Rafic Hariri, les ex-Phalangistes maronites (chrétiens) et les druzes de Wallid Jumblatt. Derrière eux, les Saoudiens, la Maison Blanche et Israël. De l’autre, le Hezbollah, les chrétiens du Général Aoun, et quelques autres (comme le parti chiite Amal). Derrière le Hezbollah, au loin la Syrie et l’Iran (cependant, il faut nuancer : il n’y a pas d’ « allégeance »).

Tout d’abord, un mot sur l’horreur de ce qui se passe dans le camp de réfugiés de Nahr el-Bared (évoquée vaguement dans cette dépêche). On arrive au terme du processus biopolitique décrit dans le livre de Giorgio Agamben, Homo Sacer. Le Pouvoir souverain et la Vie nue. La vie des réfugiés importe peu. Qualitativement, la sympathie à leur égard s’est singulièrement dévalué sur le marché de la bonne conscience. Exceptionnalité de leur statut juridique, qui leur interdit toute existence autre que purement physique, et toute vie autre que contingente. Le camp, par excellence, est le lieu du pouvoir absolu où la souveraineté de celui-ci s’exerce sans bornes sur les corps. Absence de droit, le nouveau droit de l’extrapolitique inaugure une ère où le hors-norme, juridiquement normé, coïncide avec le spectacle de la barbarie.

Les Palestiniens au Liban sont, quant à eux, sunnites. Quel peut être l’intérêt de les manipuler ?

Comme le fait remarquer Nidal sur son blog, un libanais captif du camp décrit brutalement la réalité sur le blog Palestine for us : désireux de sortir du camp, les réfugiés se trouvent confrontés aux miliciens du parti du Mouvement du futur, le parti de Hariri (sunnite, allié au gouvernement) qui tirent en direction du camp, ainsi qu’en direction des ambulances chargées d’apporter vivres, médicaments, et d’évacuer les blessés. Je cite la traduction de Nidal :

Du camp de Bedawi, les jeunes marchent vers le camp de Naher el-Bared, tentant de forcer le blocus de l'armée; ils portent avec eux de la nourriture, de l'eau et des médicaments.
Mais il semble très difficile pour eux d'atteindre leur but et de passer les limites du camp, parce que les gars du Mouvement du futur sont armés et ils leur tirent dessus.
Les gars du Mouvement du futur tirent sur les ambulances qui vont en direction du camp de Naher el Bared; ces ambulances transportent de l'eau, des médicaments et de la nourriture et quand elles veulent sortir du camp les morts et les blessés.
Les gars du Mouvement du futur à Minyeh près de Tripoli, ils ont installé des check points et ils arrêtent les gens en fonction des papiers d'identité, ils n'arrêtent pas que les hommes palestiniens mais aussi les femmes et les filles. [...]

A prendre avec des pincettes. Citons, en s’appuyant sur les abondantes références citées sur le blog Louban ya Loubnan, d’autres éléments (hasardeux) de réflexion, principalement tirés d’un article dans le New Yorker de Seymour Hersh (traduit en français ici) et d’un bon sens correctement informé:

  • Le clan Hariri aurait financé le groupuscule Fateh-al-Islam, avec l’aval de Washington et de l’Arabie Saoudite (avec laquelle le clan a de puissantes connexions) pour faire obstacle au Hezbollah chiite, élément perturbateur de la traditionnelle suprématie sunnite dans la région. En effet, le Hezbollah inquiète en Arabie Saoudite, où une minorité chiite commence à s’agiter, favorisant en outre indirectement l’influence de l’Iran et de la Syrie
  • Les Etats-Unis cherchent à faire, partout, obstacle aux chiites (Hezbollah, Iran) en aiguisant la violence inter-confessionnelle, à toutes fins utiles de guerre civile
  • Pourquoi la Syrie soutiendrait-elle des groupuscules salafistes djihadistes, qui lui mènent la vie dure (rappellons que son laïcisme dogmatique s’est traduit par des confrontations ouvertes avec les islamistes) et minent la position du Hezbollah au Liban ? Pourquoi participerait-elle de l’agitation régionale alors que ses positions, précaires, sont partout attaquées, et qu’en outre, deviennent jour après jour plus plausibles les gestes d’ouverture des USA, de la France et même d’Israël ?
  • Tolérés au Liban, les groupes salafistes radicaux sont tolérés parce qu’ils apparaissent une protection contre le magistère du Hezbollah.
  • Tout ce charivari autour de l’enquête (bancale) sur la mort d’Hariri est en grande partie amplifié par les médias français. En effet, après le remplacement de l’ancien procureur Detlev Mehlis chargé de mener l’enquête pour cause de partialité (son enquête a été déjugée au Liban), le nouveau procureur Serge Brammetz se félicite de la collaboration syrienne. En outre, rappelons que le Hezbollah est favorable à l'enquête.
  • L’article de Nidal cite une dépêche AFP début mai, que je reproduis ici :
Les forces syriennes ont tué il y a près d'une semaine quatre membres du groupe extrémiste palestinien Fatah al-Islam qui tentaient de s'infiltrer en Irak via la frontière de Syrie pour rejoindre la rébellion, a affirmé vendredi à l'AFP le porte-parole du groupe. [...]

Le même groupe Fatah al-Islam a publié sur un site internet islamiste un communiqué annonçant la mort des quatre combattants tués par les forces syriennes à la frontière irako-syrienne et cite nommément parmi eux les deux chefs mentionnés par le porte-parole Abou Salim.

Selon le communiqué, «ils ont été interceptés par les gardiens des tyrans en Syrie (alors qu'ils se rendaient) prêter main forte à leurs frères» en Irak.
  • On aurait donc des doc Frankenstein – Hariri & co, qui, à trop faire monter la pression, auraient fait exploser la soupière, et se contenteraient d’en tirer le plus grand parti
  • Y a-t-il un rapport avec Al-Qaeda ?
  • Comment cette action d’envergure, unanimement saluée ou presque au Liban, ouvre-t-elle, paradoxalement, un débat entre la clique du 14 mars et les pro-hizbullahs ?
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18 mai 2007

Michael K.


Michael K, dont la couleur de peau n'est jamais mentionnée, homme frustre et solitaire, quitte Le Cap accompagné de sa mère et se lance sur les routes. Contrôles, interdictions, combats ne l'empêcheront pas d'accomplir son périple, remontant toujours plus loin au nord, en quête d'une ferme-refuge originelle où il espère vivre paisiblement. Il parvient seul en ce lieu reculé, sa mère n'ayant pas supporté le voyage. A partir de quelques graines retrouvées par hasard, il cultive son champ et crée son petit paradis. Mais la guerre ne s'arrête pas, elle, et bien vite le rattrape. Pourtant, malgré les emprisonnements, la cruauté et le dénuement, Michael K ne se pliera pas aux lois des hommes... Avec ce roman, J. M. Coetzee nous donne à lire une superbe parabole, à la fois sombre et éblouissante, sur la dignité humaine.

Blanco

En voie d'effacement, l'(anti-)héros est un homme de peu. L'épaisseur le fuit, à mesure que ses côtes saillent. Ses occupations l'occupent tout à fait. Ce roman est un roman étrange, roman d'une étrangeté première. La figure de l'altérité qu'est Michael K., le narrateur sans histoire (d'une société "sans histoire" comme disaient les anthropologues) ne laisse pas d'intriguer ; évoquée de biais, elle semble glisser, et son noyau le plus intense est justement cette glissade, cet évitement, cette ambigüité face au réel, ramené au statut d'un hypallage où se trouve projeté ce monde que Michael absorbe comme une éponge. Michael habite sur une ligne de fuite, cherchant l'abolition de toute perspective, rendu à la satisfaction végétale et tranquille d'une plante. L'écriture, comme telle, est fuyante ; ethical turn, l'auteur n'est plus un liberal ; cela se voit, et son écriture prend une profondeur nouvelle, justiciable d'innombrables niveaux d'interprétation.

Dark taint

En fuite, Michael K. repousse toute assignation. Sans doute est-il noir ou métis - qui sait ? Sans doute le pays qu'il traverse est-il l'Afrique du Sud - mais au demeurant, que nous importe ? Sans doute sa transparence, transparence de chose, est-elle transparence d'un simple d'esprit. Et après ? Cette transparence, cet évitement, c'est l'absence de l'hégémonie du logos dans la pensée d'un être. On est loin du schéma hégélien. L'esclave est tout à sa passivité, et cette extrême passivité l'empêche de se ressaisir lui-même, par l'activité, comme producteur. Cette passivité l'entraine et le hante. Le sens qui glisse, c'est la calme puissance du logos, qu'un esprit correctement acculturé, un colon blanc par exemple, achèverait de faire sien pour organiser, appréhender et arraisonner le monde.

Contrainte

Dans le même temps, le héros, balloté au gré des vents, est aussi souffrance. Désespoir, faim. Enfermé, il ne supportera pas le regard des autres et cette silencieuse pression qui le pousse, comme eux, à se prendre en charge, à revendiquer un matricule dans le monde des vivants, arrachant sa liberté à sa terre de graines patiemment poussant pour l'astreindre aux saisons des hommes. D'abord dans son corps, dont les craintes et tremblements incessamment sont scrutés. Dans cette homéostasie troublée du monde, dont les racines puissantes sont déséquilibrées par les luttes des hommes et dont les rythmes anciens sont saccagés, perturbant le lien qui noue Michael et on ne sait quelle puissance et quelle solidité antique.

Sans lutte et comme si

Et cependant, Michael K. n'est pas un héros. Le chaos qui occupe le pays, qui ramène chacun à la bestialité des besoins primaires, ne le frappe pas plus qu'il n'est nécessaire à un modeste instinct de conservation. Ce chaos n'est pas une chance, chance de faire basculer le logos, de prendre la parole, comme le fait, rituellement, l'esclave qui, parce qu'il participe à la communauté par sa capacité de compréhension, peut bien être amené à interrompre le courant pour faire sens et sortir du bruit. Michael K. n'est pas en lutte, il n'est pas révolté. A cet égard, sa passivité est le symptôme des errements des noirs. Resté à l'écart de la lutte, il porte une altérité primordiale que ne se peut concilier aucune intersubjectivité. Bruit sans fureur, sa vie s'achève comme un caillou lancé achève sa chute au pied d'une falaise. Vivant de la sève du monde, il ne porte aucun héritage, n'apporte aucun message. Sa prétention est nulle, son existence problématique. Surnuméraire, il l'est entre tous, qui réclame pour lui de traverser l'existence, secoué de simples pulsions en plénitudes accomplies. Loin du Verbe, et porteur d'aucune alternative, il est le signe irrémissible de l'échec de la politique, parce que son existence même réfute celle-ci. Il est aussi l'aveu des secrètes complicités du logocentrisme, que, constitutives du projet de communauté humaine, aucun parcours n'amène à résipiscence.

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14 mai 2007

La mutation de la droite

Grunewald, La tentation de Saint-Antoine

Longtemps, l'indigence de la pensée fut à mes yeux un truc de droite. Typiquement, le manque de hauteur, leurs vision du monde que présentaient la (les) droite(s) étaient à mes yeux celles d'hommes obtus, bas du front, stipendiant, zélés, les menaces contre l'ordre établi, à mesure que devenaient visibles immigrés, artistes, intellectuels. Surnageaient alors à droite, au-dessus de nuées de moutons dociles, mutilant la foi en la cadenassant dans le folklore des sacrements, incurieux, aimant le renfermé, un soleil de figures altières, partageant les prestiges du caractère, le goût de l'indépendance, le vertige des hauteurs, sillonnant aristocratiquement les chemins de la littérature, compagnons de route de meneurs dont les statures ont dominé l'époque.

Cette vision est un cliché. Cependant, elle justifiait que le surmoi de la gauche vint étouffer la droite. Les valeurs, à mes yeux, étaient alors à gauche. Non pas que la droite n'en eut point. Mais de quoi alors eut-elle pu se prévaloir ?

En se débarrassant de tout ce qui pouvait la rendre aimable aux esprits libres (les débris de la droite légitimiste), la synthèse qu'offre la nouvelle droite, pour être disgracieuse n'en offre pas moins une étrange cohérence.

Triade : ordre, responsabilité, liberté.

Hypothèse : il n'y a pas de liberté sans ordre. La liberté est formelle : la liberté n’est pas dans le contenu, en ceci que peu importe de n’avoir pas d’argent ou une force de travail invendable ; la liberté corrige une privation d’action qui n’est jamais que très hypothétique, affectant les détenteurs de patrimoine ou ceux qui ont les moyens de négocier sur le marché du travail.

Premier cadre : l’ordre. L’ordre, c’est le relais des structures sociales, de l’Etat à la famille. Chacune d’elle a pour tâche d’acculturer, c’est-à-dire de produire des individus pénétrés d’un sens valable de la morale, qui ordonne moralement les indiviuds. C’est parce qu’une harmonieuse proportion géométrique conjoint les structures et forme les individus que chacun est totalement responsable.

Totalement responsable puisque, disposant des moyens formels d’être ordonné, chacun mérite et démérite. L’entrepreneur audacieux mérite, le mineur récidiviste démérite. Cela chacun le conçoit ; mais plus encore, rien ne vient diluer la responsabilité dans son contexte, rien ne la rend à son origine ; rien pour la dissoudre, rien pour la corrompre.

Aussi l’individu, totalement responsable, est-il totalement libre. Privé par les impôts, il est volé. Coupable de rapines mineures, il se met au ban de la société. L’identité de l’individu est portée à la transparence.

Il y a un écart entre la liberté de droite et la liberté de gauche. C’est l’écart entre ce qu’Amartya Sen (prix nobel d’économie) nomme capacité et capabilité, soit la capacité d’agir et la capacité d’agir ramenée aux opportunités réelles qu’autorisent les conditions. Sous un autre nom, la liberté de droite, c’est l’oubli des sciences sociales qui, en accroissant l’information sur les conditions des choix, rend la décision à son substrat précaire et la détache de l’absolutisme éthique. Dans un autre combat, c’est la lutte entre la liberté positive, que mettaient en avant les Anciens et la liberté négative des Modernes : entre liberté de faire des choix (le pouvoir, l’argent, etc.) et absence de coercition. Aussi bien, cet écart est-il théologique.

Or donc, telle est la liberté négative que, pour être absolument nécessaire, comme exigence éthique de faire obstacle au mal (le XXème siècle nous en fournit une multitude d’exemples), elle ne suffit pas à la politique.

Ainsi la liberté n’est pas telle sans la négation. Mais la négation comme terme du choix est chose bien différente de la négation comme non-être originaire de la liberté. C’est une simple délimitation, une frontière de non-être, un non-être inerte dont il s’agit de sortir; c’est un néant dans lequel on pourrait tomber, un néant opératoire qu’il s’agit de combattre, une négation active qui pourrait devenir victorieuse. Il s’est produit un passage de qualité, où le non-être originaire a augmenté son propre quotient de négativité, devenant une force contraire et une puissance destructrice qui est le mal. Voici l’arithmétique de la liberté: ne plus être liberté équivaut au mal. Telle est l’énergie de la liberté qu’elle transforme le néant statique et inerte en néant dynamique et actif, la vacuité du non-être en puissance du mal, une simple limite en une force anéantissante, un simple point de départ en négation dévastatrice.

Luigi Pareyson, Ontologie de la liberté

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13 mai 2007

Un futur enjôleur

Wilfredo Lam, La Jungle

Bon. RAS, la nouvelle France est en marche.

Pas que les ballades de Sarko dans un yacht me choquent, ce serait d'une hypocrisie rare, et teinté d'un prurit catholique pour le moins archaïsant.

Mais la belle continuité se pare des atouts de la nouveauté, Baby Chirac dans la place. Fillon, Alliot-Marie, the same old song.

Un article dont je salue la pertinence, dit bien le sentiment général (le mien du moins :

La France a délibérément fait le choix d’accentuer l’hétéronomie et la privatisation des conduites humaines. (lire la suite)

Que ce soit sur le plan de sa pratique, ou sur celui de sa théorie. Voir l'article complet (ou le même s'il n'y a pas de suite... mystère de la machine)

07 mai 2007

Elections : la France a un nouveau président


Sarkozy est élu.

Passés les premières sueurs, l'allergie des hommes de gauche, et, tout simplement, en faisant abstraction (douloureuse) de mes (violentes) divergences idéologiques, qu'en peut-on penser ?

  1. Qu'en craindre ?
Tout d'abord, plusieurs points inquiètent dans le programme de Sarkozy :
  • le programme atlantiste : nul ne conteste que Sarkozy rapprochera la France des Etats-Unis et d'Israël, rompant avec 50 ans de politique française. Ce n'est pas lui faire injure. Cela irait pourtant à l'encontre des intérêts de la France : non pas des intérêts stratégiques, qui, s'ils sont distincts de ceux des Etats-Unis, n'en épousent pas moins les grandes lignes ; mais bien plutôt à revers de la voix et de la parole de la France dans le monde. C'est précisément parce que la parole française est à l'écart qu'elle est écoutée dans les grandes instances internationales. A l'Otan, les USA proposent des résolutions, et les regards se tournent vers la France ; fin de la négociation... c'est dire ! Il en est de même pour la Françafrique : normaliser les relations avec l'afrique, mettre fin aux barbouzes, aux républiques bananières entretenues par la France, aux pratiques coloniales (Tchad, Côte d'Ivoire dans les dernières années)... quelque louable que cela paraisse, aboutira à ravaler la diplomatie française à la place (modeste) qui doit lui revenir dans le monde de demain ;
  • la confiscation de la démocratie : la république des copains, l'Etat-UMP, le pantalonnage : une non-réforme de l'Etat, qui serait pourtant saine ; une accentuation des tendances monarchiques de la VIè République (Fillon parle de supprimer le poste de premier ministre) ; un certain clientélisme auprès des grands lobbies industriels ; des rapports malsains entretenus avec les media
  • l'hyper-conservatisme : l'incantation aux "valeurs" (respect, morale, autorité) : à part une négation de la société française au XXIè siècle, en quoi cela consistera-t-il ? peut-être un braquage et le retour de toute cette frilosité qu'on croyait peu à peu évanescente à droite : face à l'immigré, à l'assisté, l'affirmation que l'Etat doit s'effacer et transformer la société en décalque des parts que chacun lui apporte : les riches y ont leur argent, les savants y ont leur savoir, les artistes leur art, les pauvres leur force de travail. Le discours identitaire qu'a mis en avant Sarkozy n'est qu'une coquille vide, servant à camoufler les caresses adroites adressées aux plus vils instincts des français : comment évoluera-t-il ?
  • la France des privilèges : la politique libérale de Sarkozy pourrait bien ne servir que de paravent à une redistribution du bas vers le haut (ce qu'est, effectivement, la baisse considérable des impôts affectant les plus riches que souhaite Sarkozy ; ce qu'est, tout aussi bien, l'impact d'une baisse des charges dont les rapports montrent qu'elle ne créera pas d'emplois et qu'elle reviendra uniquement comme cadeau aux actionnaires)
  • un mauvais diagnostic économique, qui confond l'activisme et l'audace, le bâclage et l'efficacité, la démonstration de force et la réforme habile ; Sarkozy pourrait fort bien ne servir qu'un dialogue social de façade, faisant l'impasse sur les grandes échéances des années à venir (retraites, sécu, ...) au profit d'un moins-disant qui, parce qu'il appelle le sacrifice nécessaire, est acte de courage (on en a l'avant-goût avec la retraite par capitalisation, à laquelle Sarkozy fut tantôt très favorable, la franchise médicale ou la TVA sociale [qui, appliquée sans le courage de décevoir les amis du MEDEF, est une considérable injustice sociale]) ; le protectionnisme enfin, qui n'est qu'un nationalisme étroit et une inculture notoire, quand la France bénéficie considérablement de l'ouverture des économies.
2. En quoi Sarkozy ne devrait pas faire peur ? si on considère sa conception de la présidence, son intelligence et la qualité de ses conseillers, et ce qu'il faut malgré tout (espérons-le du moins) considérer comme acquis pour la droite en 2007 :
  • croire que ses délires innéistes vont être de quelque conséquence est absurde, parce qu'il existe des experts, une société civile et un débat public
  • croire que Sarkozy va mettre fin aux libertés publiques est absurde
  • croire que Sarkozy va chercher à diviser délibérément la France
  • croire que Sarkozy veut un "Etat policier", "fasciste", est absurde
3. Sur quoi peut-on s'interroger ?
  • la grande interrogation : Sarkozy-libéral ou Sarkozy-conservateur ? Le Sarkozy audacieux a en effet disparu au cours de cette campagne, prenant le parti de la peur
  • Sarkozy opportuniste ou Sarkozy pénétré de sa nouvelle dignité ? Sarkozy ambitieux pour lui, ou ambitieux pour la France ? Sarkozy néo-Chirac ou homme de convictions ?
Voir l'article complet (ou le même s'il n'y a pas de suite... mystère de la machine)

03 mai 2007

Un débat moyen...

Foire d'empoigne plus que débat, hier a permis à chacun d'étaler sa partition et de l'arpéger à mesure.

Les convaincus en sortiront convaincus, les indécis indécis.

Quelques remarques :

  • un article intéressant sur le rapport Rexecode cité par Sarkozy
  • 17% : c'est la part du nucléaire dans la production d'énergie globale (et pas seulement l'éléctricité) ; 50% : ça n'est rien. D'un côté, un nombre qui tranche la poire en deux, de l'autre un "vrai" nombre mais ne désignant pas ce dont il est question...
  • qui va raccompagner les accompagnateurs ?
Enfin, un article intéressant :

La désinformation économique, une aubaine pour la droite

La campagne électorale française prouve qu'une mauvaise analyse économique alliée à un problème plus général avec l'arithmétique peut influencer les électeurs et même déterminer l'avenir d'un pays. L'analyse du chercheur américain Mark Weisbrot. Le thème qui a propulsé Sarkozy en avant, c'est que l'économie française est "coincée" et doit être réformée pour ressembler davantage à la nôtre. On pense aussi que la France doit devenir plus "compétitive" sur le plan international car, avec la mondialisation, la concurrence est plus dure.

Parmi ceux qui considèrent que les salariés français doivent réduire leur niveau de vie à cause de la mondialisation de l'économie, le plus célèbre est Thomas Friedmann, du New York Times. "Toutes les forces de la mondialisation grignotent les Etats-providence européens", écrit-il… "Les électeurs français tentent de préserver la semaine de 35 heures dans un monde où les ingénieurs indiens sont prêts à travailler 35 heures par jour." Pour Friedman et la plupart des experts, c'est l'équation impossible.

Or il est important de comprendre que cet argument – les citoyens d'un pays riche doivent réduire leur train de vie ou leurs programmes gouvernementaux à cause du progrès économique des pays en développement – n'a aucune logique sur le plan économique.

Une fois qu'un pays développé a atteint un certain niveau de productivité, il n'y a aucune raison pour que ses habitants subissent des réductions de salaire, ou travaillent davantage sous le prétexte que les autres pays sont en train de les rattraper. Cette productivité, qui repose sur la connaissance, les compétences, les réserves de capital et l'organisation économique du pays, est toujours là, et augmente d'ailleurs chaque année.

Si certains intérêts particuliers avancent l'argument de la concurrence internationale pour abaisser le niveau de vie des salariés français, allemands et américains – et c'est le cas –, cela signifie tout simplement que ce ne sont pas les bonnes personnes qui définissent les règles du commerce international. Le problème, c'est non pas le progrès économique, mais l'existence d'une démocratie limitée où la majorité n'est pas représentée.

Passons aux chiffres du chômage des jeunes en France, des chiffres élevés qui définissent la politique du pays et ont influencé l'opinion internationale lors des émeutes de [novembre] 2005. Dans la mesure standard du chômage, les chômeurs sont le numérateur et les chômeurs plus les actifs, le dénominateur (c/c + a). Avec ce système, les hommes âgés de 15 à 24 ans ont un taux de chômage de 20,8 % en France, contre 11,8 pour les Etats-Unis. Mais cette différence s'explique en grande partie par le fait qu'en France il y a proportionnellement davantage de jeunes hommes hors de la vie active – parce qu'ils poursuivent leurs études et parce que les jeunes Français qui travaillent à temps partiel en faisant leurs études sont moins nombreux qu'aux Etats-Unis. Ceux qui ne sont pas dans la vie active ne sont comptabilisés ni dans le numérateur, ni dans le dénominateur.

Pour une meilleure comparaison, il faut examiner le nombre total de chômeurs divisé par le nombre de chômeurs dans la population des 15-24 ans. Avec ce système, on aboutit à 8,3 % pour les Etats-Unis et 8,6 % pour la France. Les deux pays ont un sérieux problème de chômage chez les jeunes, et, dans les deux pays, il touche essentiellement les minorités raciales et ethniques. Mais le problème n'est pas tellement pire en France qu'aux Etats-Unis.

Sarkozy propose de faciliter les licenciements, de réduire les impôts (y compris les droits de succession), de revenir sur la semaine de 35 heures et d'autres mesures qui favorisent les hauts revenus et les propriétaires de grandes entreprises. Ces mesures redistribueront la richesse vers le haut, comme nous le faisons aux Etats-Unis depuis trente ans. Mais, une fois encore, rien ne prouve économiquement qu'elles feront augmenter l'emploi ou la croissance.

Royal propose une série de mesures pour doper la demande – entre autres, l'augmentation du salaire minimum, des allocations chômage et la multiplication des emplois subventionnés. Ces propositions sont plus logiques sur le plan économique car elles ont au moins une chance de créer des emplois – en dopant la demande totale et le pouvoir d'achat.

Si la France bascule à droite lors de cette élection, ce sera largement à mettre sur le compte de la désinformation économique.


* Directeur du Center for Economic and Policy Research (CEPR) à Washington.

Mark Weisbrot

The Washington Post

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30 avril 2007

Ici et d'ailleurs

Signalons un article intéressant (et j'invite à lire les autres articles disponibles sur le site Technologies du langage) compare, statistiquement, les taux de recyclage des différents discours des candidats.

De son côté, Sarko refait des siennes : 68 c'est tout trouvé. Exemplaire repompage du passé, dans laquelle Guaino excelle, il faut bien le reconnaître.

Contre Mai 68, conspuons-en les valeurs phares : l'autonomie, la culture pour tous, la liberté individuelle !!!

Désolé, mais le reste, le folklore (minoritaire) maoïste, les émois situationnistes (mouvement du 22 mars, etc.), ce sont des épiphénomènes, des brèches contre la muraille de la moral majority, vite colmatées.

J'invite à lire les livres de Jean-Pierre Le Goff, notamment sur l'entreprise et Mai 68 où il montre que le nouveau discours du management/RH est déployé à partir de Mai 68. C'est aussi ce que disent Boltanski et Chiappello dans leur somme (magistrale) Le Nouvel Esprit du Capitalisme, quand ils parlent de récupération de la critique artiste par le capitalisme.

Rigolons sur les inventeurs de cet héritage, les philosophes Ferry, Renaut, BHL, etc., avec Deleuze ;

Une homogénéisation des deux tendances s'est produite, plutôt contre la gauche, mais surtout à partir d'un thème qui était présent déjà dans leurs premiers livres : la haine de 68. C'était à qui cracherait le mieux sur mai 68. C'est en fonction de cette haine qu'ils ont construit leur sujet d'énonciation : « Nous, en tant que nous avons fait mai 68 ( ? ? ), nous pouvons vous dire que c'était bête, et que nous ne le ferons plus. » Une rancoeur de 68, ils n'ont que ça à vendre. C'est en ce sens que, quelle que soit leur position par rapport aux élections, ils s'inscrivent parfaitement sur la grille électorale. A partir de là, tout y passe, marxisme, maoïsme, socialisme, etc., non pas parce que les luttes réelles auraient fait surgir de nouveaux ennemis, de nouveaux problèmes et de nouveaux moyens, mais parce que LA révolution doit être déclarée impossible, uniformément et de tout temps. C'est pourquoi tous les concepts qui commençaient à fonctionner d'une manière très différenciée (les pouvoirs, les résistances, les désirs, même la « plèbe ») sont à nouveau globalisés, réunis dans la fade unité du pouvoir, de la loi, de l'État, etc. C'est pourquoi aussi le Sujet pensant revient sur la scène, car la seule possibilité de la révolution, pour les nouveaux philosophes, c'est l'acte pur du penseur qui la pense impossible.

Les Nouveaux philosophes, Gilles Deleuze, in Supplément au n°24, mai 1977, de la revue bimestrielle Minuit
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29 avril 2007

Howl



HOWL (Allen Ginsberg, 1956)

For Carl Solomon

I saw the best minds of my generation destroyed by

madness, starving hysterical naked,

dragging themselves through the negro streets at dawn

looking for an angry fix,

angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly

connection to the starry dynamo in the machin-

ery of night,

who poverty and tatters and hollow-eyed and high sat

up smoking in the supernatural darkness of

cold-water flats floating across the tops of cities

contemplating jazz,

who bared their brains to Heaven under the El and

saw Mohammedan angels staggering on tene-

ment roofs illuminated,

who passed through universities with radiant cool eyes

hallucinating Arkansas and Blake-light tragedy

among the scholars of war,

who were expelled from the academies for crazy &

publishing obscene odes on the windows of the

skull,

(cliquez ci-dessous pour la suite)


who cowered in unshaven rooms in underwear, burn-

ing their money in wastebaskets and listening

to the Terror through the wall,

who got busted in their pubic beards returning through

Laredo with a belt of marijuana for New York,

who ate fire in paint hotels or drank turpentine in

Paradise Alley, death, or purgatoried their

torsos night after night

with dreams, with drugs, with waking nightmares, al-

cohol and cock and endless balls,

incomparable blind; streets of shuddering cloud and

lightning in the mind leaping toward poles of

Canada & Paterson, illuminating all the mo-

tionless world of Time between,

Peyote solidities of halls, backyard green tree cemetery

dawns, wine drunkenness over the rooftops,

storefront boroughs of teahead joyride neon

blinking traffic light, sun and moon and tree

vibrations in the roaring winter dusks of Brook-

lyn, ashcan rantings and kind king light of mind,

who chained themselves to subways for the endless

ride from Battery to holy Bronx on benzedrine

until the noise of wheels and children brought

them down shuddering mouth-wracked and

battered bleak of brain all drained of brilliance

in the drear light of Zoo,

who sank all night in submarine light of Bickford's

floated out and sat through the stale beer after

noon in desolate Fugazzi's, listening to the crack

of doom on the hydrogen jukebox,

who talked continuously seventy hours from park to

pad to bar to Bellevue to museum to the Brook-

lyn Bridge,

lost battalion of platonic conversationalists jumping

down the stoops off fire escapes off windowsills

off Empire State out of the moon,

yacketayakking screaming vomiting whispering facts

and memories and anecdotes and eyeball kicks

and shocks of hospitals and jails and wars,

whole intellects disgorged in total recall for seven days

and nights with brilliant eyes, meat for the

Synagogue cast on the pavement,

who vanished into nowhere Zen New Jersey leaving a

trail of ambiguous picture postcards of Atlantic

City Hall,

suffering Eastern sweats and Tangerian bone-grind-

ings and migraines of China under junk-with-

drawal in Newark's bleak furnished room,

who wandered around and around at midnight in the

railroad yard wondering where to go, and went,

leaving no broken hearts,

who lit cigarettes in boxcars boxcars boxcars racketing

through snow toward lonesome farms in grand-

father night,

who studied Plotinus Poe St. John of the Cross telep-

athy and bop kabbalah because the cosmos in-

stinctively vibrated at their feet in Kansas,

who loned it through the streets of Idaho seeking vis-

ionary indian angels who were visionary indian

angels,

who thought they were only mad when Baltimore

gleamed in supernatural ecstasy,

who jumped in limousines with the Chinaman of Okla-

homa on the impulse of winter midnight street

light smalltown rain,

who lounged hungry and lonesome through Houston

seeking jazz or sex or soup, and followed the

brilliant Spaniard to converse about America

and Eternity, a hopeless task, and so took ship

to Africa,

who disappeared into the volcanoes of Mexico leaving

behind nothing but the shadow of dungarees

and the lava and ash of poetry scattered in fire

place Chicago,

who reappeared on the West Coast investigating the

F.B.I. in beards and shorts with big pacifist

eyes sexy in their dark skin passing out incom-

prehensible leaflets,

who burned cigarette holes in their arms protesting

the narcotic tobacco haze of Capitalism,

who distributed Supercommunist pamphlets in Union

Square weeping and undressing while the sirens

of Los Alamos wailed them down, and wailed

down Wall, and the Staten Island ferry also

wailed,

who broke down crying in white gymnasiums naked

and trembling before the machinery of other

skeletons,

who bit detectives in the neck and shrieked with delight

in policecars for committing no crime but their

own wild cooking pederasty and intoxication,

who howled on their knees in the subway and were

dragged off the roof waving genitals and manu-

scripts,

who let themselves be fucked in the ass by saintly

motorcyclists, and screamed with joy,

who blew and were blown by those human seraphim,

the sailors, caresses of Atlantic and Caribbean

love,

who balled in the morning in the evenings in rose

gardens and the grass of public parks and

cemeteries scattering their semen freely to

whomever come who may,

who hiccuped endlessly trying to giggle but wound up

with a sob behind a partition in a Turkish Bath

when the blond & naked angel came to pierce

them with a sword,

who lost their loveboys to the three old shrews of fate

the one eyed shrew of the heterosexual dollar

the one eyed shrew that winks out of the womb

and the one eyed shrew that does nothing but

sit on her ass and snip the intellectual golden

threads of the craftsman's loom,

who copulated ecstatic and insatiate with a bottle of

beer a sweetheart a package of cigarettes a can-

dle and fell off the bed, and continued along

the floor and down the hall and ended fainting

on the wall with a vision of ultimate cunt and

come eluding the last gyzym of consciousness,

who sweetened the snatches of a million girls trembling

in the sunset, and were red eyed in the morning

but prepared to sweeten the snatch of the sun

rise, flashing buttocks under barns and naked

in the lake,

who went out whoring through Colorado in myriad

stolen night-cars, N.C., secret hero of these

poems, cocksman and Adonis of Denver-joy

to the memory of his innumerable lays of girls

in empty lots & diner backyards, moviehouses'

rickety rows, on mountaintops in caves or with

gaunt waitresses in familiar roadside lonely pet-

ticoat upliftings & especially secret gas-station

solipsisms of johns, & hometown alleys too,

who faded out in vast sordid movies, were shifted in

dreams, woke on a sudden Manhattan, and

picked themselves up out of basements hung

over with heartless Tokay and horrors of Third

Avenue iron dreams & stumbled to unemploy-

ment offices,

who walked all night with their shoes full of blood on

the snowbank docks waiting for a door in the

East River to open to a room full of steamheat

and opium,

who created great suicidal dramas on the apartment

cliff-banks of the Hudson under the wartime

blue floodlight of the moon & their heads shall

be crowned with laurel in oblivion,

who ate the lamb stew of the imagination or digested

the crab at the muddy bottom of the rivers of

Bowery,

who wept at the romance of the streets with their

pushcarts full of onions and bad music,

who sat in boxes breathing in the darkness under the

bridge, and rose up to build harpsichords in

their lofts,

who coughed on the sixth floor of Harlem crowned

with flame under the tubercular sky surrounded

by orange crates of theology,

who scribbled all night rocking and rolling over lofty

incantations which in the yellow morning were

stanzas of gibberish,

who cooked rotten animals lung heart feet tail borsht

& tortillas dreaming of the pure vegetable

kingdom,

who plunged themselves under meat trucks looking for

an egg,

who threw their watches off the roof to cast their ballot

for Eternity outside of Time, & alarm clocks

fell on their heads every day for the next decade,

who cut their wrists three times successively unsuccess-

fully, gave up and were forced to open antique

stores where they thought they were growing

old and cried,

who were burned alive in their innocent flannel suits

on Madison Avenue amid blasts of leaden verse

& the tanked-up clatter of the iron regiments

of fashion & the nitroglycerine shrieks of the

fairies of advertising & the mustard gas of sinis-

ter intelligent editors, or were run down by the

drunken taxicabs of Absolute Reality,

who jumped off the Brooklyn Bridge this actually hap-

pened and walked away unknown and forgotten

into the ghostly daze of Chinatown soup alley

ways & firetrucks, not even one free beer,

who sang out of their windows in despair, fell out of

the subway window, jumped in the filthy Pas-

saic, leaped on negroes, cried all over the street,

danced on broken wineglasses barefoot smashed

phonograph records of nostalgic European

1930s German jazz finished the whiskey and

threw up groaning into the bloody toilet, moans

in their ears and the blast of colossal steam

whistles,

who barreled down the highways of the past journeying

to each other's hotrod-Golgotha jail-solitude

watch or Birmingham jazz incarnation,

who drove crosscountry seventytwo hours to find out

if I had a vision or you had a vision or he had

a vision to find out Eternity,

who journeyed to Denver, who died in Denver, who

came back to Denver & waited in vain, who

watched over Denver & brooded & loned in

Denver and finally went away to find out the

Time, & now Denver is lonesome for her heroes,

who fell on their knees in hopeless cathedrals praying

for each other's salvation and light and breasts,

until the soul illuminated its hair for a second,

who crashed through their minds in jail waiting for

impossible criminals with golden heads and the

charm of reality in their hearts who sang sweet

blues to Alcatraz,

who retired to Mexico to cultivate a habit, or Rocky

Mount to tender Buddha or Tangiers to boys

or Southern Pacific to the black locomotive or

Harvard to Narcissus to Woodlawn to the

daisychain or grave,

who demanded sanity trials accusing the radio of hyp

notism & were left with their insanity & their

hands & a hung jury,

who threw potato salad at CCNY lecturers on Dadaism

and subsequently presented themselves on the

granite steps of the madhouse with shaven heads

and harlequin speech of suicide, demanding in-

stantaneous lobotomy,

and who were given instead the concrete void of insulin

Metrazol electricity hydrotherapy psycho-

therapy occupational therapy pingpong &

amnesia,

who in humorless protest overturned only one symbolic

pingpong table, resting briefly in catatonia,

returning years later truly bald except for a wig of

blood, and tears and fingers, to the visible mad

man doom of the wards of the madtowns of the

East,

Pilgrim State's Rockland's and Greystone's foetid

halls, bickering with the echoes of the soul, rock-

ing and rolling in the midnight solitude-bench

dolmen-realms of love, dream of life a night-

mare, bodies turned to stone as heavy as the

moon,

with mother finally ******, and the last fantastic book

flung out of the tenement window, and the last

door closed at 4. A.M. and the last telephone

slammed at the wall in reply and the last fur-

nished room emptied down to the last piece of

mental furniture, a yellow paper rose twisted

on a wire hanger in the closet, and even that

imaginary, nothing but a hopeful little bit of

hallucination

ah, Carl, while you are not safe I am not safe, and

now you're really in the total animal soup of

time

and who therefore ran through the icy streets obsessed

with a sudden flash of the alchemy of the use

of the ellipse the catalog the meter & the vibrat-

ing plane,

who dreamt and made incarnate gaps in Time & Space

through images juxtaposed, and trapped the

archangel of the soul between 2 visual images

and joined the elemental verbs and set the noun

and dash of consciousness together jumping

with sensation of Pater Omnipotens Aeterna

Deus

to recreate the syntax and measure of poor human

prose and stand before you speechless and intel-

ligent and shaking with shame, rejected yet con-

fessing out the soul to conform to the rhythm

of thought in his naked and endless head,

the madman bum and angel beat in Time, unknown,

yet putting down here what might be left to say

in time come after death,

and rose reincarnate in the ghostly clothes of jazz in

the goldhorn shadow of the band and blew the

suffering of America's naked mind for love into

an eli eli lamma lamma sabacthani saxophone

cry that shivered the cities down to the last radio

with the absolute heart of the poem of life butchered

out of their own bodies good to eat a thousand

years.

II

What sphinx of cement and aluminum bashed open

their skulls and ate up their brains and imagi-

nation?

Moloch! Solitude! Filth! Ugliness! Ashcans and unob

tainable dollars! Children screaming under the

stairways! Boys sobbing in armies! Old men

weeping in the parks!

Moloch! Moloch! Nightmare of Moloch! Moloch the

loveless! Mental Moloch! Moloch the heavy

judger of men!

Moloch the incomprehensible prison! Moloch the

crossbone soulless jailhouse and Congress of

sorrows! Moloch whose buildings are judgment!

Moloch the vast stone of war! Moloch the stun-

ned governments!

Moloch whose mind is pure machinery! Moloch whose

blood is running money! Moloch whose fingers

are ten armies! Moloch whose breast is a canni-

bal dynamo! Moloch whose ear is a smoking

tomb!

Moloch whose eyes are a thousand blind windows!

Moloch whose skyscrapers stand in the long

streets like endless Jehovahs! Moloch whose fac-

tories dream and croak in the fog! Moloch whose

smokestacks and antennae crown the cities!

Moloch whose love is endless oil and stone! Moloch

whose soul is electricity and banks! Moloch

whose poverty is the specter of genius! Moloch

whose fate is a cloud of sexless hydrogen!

Moloch whose name is the Mind!

Moloch in whom I sit lonely! Moloch in whom I dream

Angels! Crazy in Moloch! Cocksucker in

Moloch! Lacklove and manless in Moloch!

Moloch who entered my soul early! Moloch in whom

I am a consciousness without a body! Moloch

who frightened me out of my natural ecstasy!

Moloch whom I abandon! Wake up in Moloch!

Light streaming out of the sky!

Moloch! Moloch! Robot apartments! invisible suburbs!

skeleton treasuries! blind capitals! demonic

industries! spectral nations! invincible mad

houses! granite cocks! monstrous bombs!

They broke their backs lifting Moloch to Heaven! Pave-

ments, trees, radios, tons! lifting the city to

Heaven which exists and is everywhere about

us!

Visions! omens! hallucinations! miracles! ecstasies!

gone down the American river!

Dreams! adorations! illuminations! religions! the whole

boatload of sensitive bullshit!

Breakthroughs! over the river! flips and crucifixions!

gone down the flood! Highs! Epiphanies! De-

spairs! Ten years' animal screams and suicides!

Minds! New loves! Mad generation! down on

the rocks of Time!

Real holy laughter in the river! They saw it all! the

wild eyes! the holy yells! They bade farewell!

They jumped off the roof! to solitude! waving!

carrying flowers! Down to the river! into the

street!

III

Carl Solomon! I'm with you in Rockland

where you're madder than I am

I'm with you in Rockland

where you must feel very strange

I'm with you in Rockland

where you imitate the shade of my mother

I'm with you in Rockland

where you've murdered your twelve secretaries

I'm with you in Rockland

where you laugh at this invisible humor

I'm with you in Rockland

where we are great writers on the same dreadful

typewriter

I'm with you in Rockland

where your condition has become serious and

is reported on the radio

I'm with you in Rockland

where the faculties of the skull no longer admit

the worms of the senses

I'm with you in Rockland

where you drink the tea of the breasts of the

spinsters of Utica

I'm with you in Rockland

where you pun on the bodies of your nurses the

harpies of the Bronx

I'm with you in Rockland

where you scream in a straightjacket that you're

losing the game of the actual pingpong of the

abyss

I'm with you in Rockland

where you bang on the catatonic piano the soul

is innocent and immortal it should never die

ungodly in an armed madhouse

I'm with you in Rockland

where fifty more shocks will never return your

soul to its body again from its pilgrimage to a

cross in the void

I'm with you in Rockland

where you accuse your doctors of insanity and

plot the Hebrew socialist revolution against the

fascist national Golgotha

I'm with you in Rockland

where you will split the heavens of Long Island

and resurrect your living human Jesus from the

superhuman tomb

I'm with you in Rockland

where there are twenty-five-thousand mad com-

rades all together singing the final stanzas of
the Internationale

I'm with you in Rockland

where we hug and kiss the United States under

our bedsheets the United States that coughs all

night and won't let us sleep

I'm with you in Rockland

where we wake up electrified out of the coma

by our own souls' airplanes roaring over the

roof they've come to drop angelic bombs the

hospital illuminates itself imaginary walls col-

lapse O skinny legions run outside O starry

spangled shock of mercy the eternal war is

here O victory forget your underwear we're

free

I'm with you in Rockland

in my dreams you walk dripping from a sea-

journey on the highway across America in tears

to the door of my cottage in the Western night

Voir l'article complet (ou le même s'il n'y a pas de suite... mystère de la machine)

Interview de Nicolas Sarkozy dans 20 minutes

Hermès portant Dionysos enfant, Praxitèle

L'interview est accessible ici dans son intégralité sur le site du journal 20 minutes. Morceau choisi.

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Est-ce que vos propositions vont dans le sens d’une révolution fiscale à la Ronald Reagan ou structurelle à la Margaret Thatcher?
Pourquoi choisir ? Quand je propose de changer l’Education nationale, ce n’est pas la structure que je veux changer, c’est l’ambition pour l’école. Je veux une école de la transmission où les mots « exigence » et « excellence » reprennent un sens. Ce n’est ni fiscal, ni structurel. C’est simplement un projet de civilisation. Quand je propose la suppression des droits de succession, ce n’est pas pour des raisons fiscales, c’est pour des raisons de valeur : je crois au travail et à la famille.

Vous vous fixez comme objectif de ne laisser aucun enfant sortir du système scolaire sans qualifications. Comment comptez-vous parvenir à cet objectif ?
Par exemple dans les universités, chacun choisira sa filière, mais l’Etat n’est pas obligé de financer les filières qui conduisent au chômage. L’Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois, que dans des filières où on a 5000 étudiants pour 250 places.

Si je veux faire littérature ancienne, je devrais financer mes études ?
Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes.
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18 avril 2007

Le tic de Sarkozy



Cette vidéo a paru le mardi 17/04/2007 sur TV5 Monde dans l'émission France 2007. L'extrait qui m'intéresse particulièrement (auquel commence la vidéo ci-dessus) est à la 27 minute de l'émission.

Observons attentivement le tic de Sarkozy, le rictus du menton se déformant à l'écoute de son interlocuteur : notons la lèvre inférieure de Sarkozy se crispant mécaniquement, trahissant, presque à son corps défendant, un éclat de colère rentrée. A travers ce tic, cette crispation nerveuse, j'ai l'impression que Sarkozy apparaît tel que le décrit Marianne, FONDAMENTALEMENT INCAPABLE D'ECOUTE. Je ne sais pas si on peut en tirer quelque indication, mais ce frémissement nerveux, tendance paranoïaque, n'inspire pas confiance. Réflèxe élémentaire : sans basculer dans le psychologisme, Sarkozy paraît bien peu sincère.
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